Navigation
Restez informé! Pour vous abonner à la liste de diffusion et accéder à toutes les fonctionnalités du site, vous devez vous créer un compte.
Connexion utilisateur
Économie et Kyoto
Récemment, la chambre de commerce du Canada s’opposait à la ratification de l’accord de Kyoto et, par le fait même, démontre l’irresponsabilité du milieu des affaires face à la société civile. Elle invite le gouvernement canadien à adopter la solution américaine basée essentiellement sur la pensée magique de la rédemptrice main invisible des marchés.
L’opposition du milieu des affaires s’appuie sur des prédictions de pertes économiques considérable si ce protocole devait être ratifié. Ces menaces rappellent étrangement celles de la dévaluation possible du dollar canadien si le Québec devenait indépendant. Le Québec n’est non seulement pas devenu indépendant, mais le dollar a chuté sans qu’il n’y ait eu aucune causalité. Quelques mois avant la dégringolade de l’économie des nouvelles technologies, le président de Nortel révisait à la hausse ses prévisions économiques. Quelle est donc la crédibilité de ces prévisions économistes alarmistes ou « jovialistes » ?
On devait également un peu se douter que le milieu pétrolier canadien s’opposerait à la ratification canadienne de l’accord de Kyoto. Cette opposition est similaire à celle des compagnies de tabacs face aux sévères réglementations anti-tabac. Ces sociétés s’étaient d’ailleurs parjurées en déclarant qu’elles ne croyaient pas que la nicotine créait une dépendance. Les compagnies pétrolières ne veulent surtout pas que l’on puisse ralentir la lunification (action de rendre lunaire) du nord de l’Alberta liée à l’extraction du pétrole des sables bitumineux. Évidemment les dommages environnementaux qui s’en découlent ne sont pas comptabilisés dans le prix de ce pétrole. Ces compagnies pillent littéralement nos ressources sans que nos dirigeants ne disent quoi que ce soit. Tout ce pétrole sera envoyé en grande majorité dans l’atmosphère très probablement à partir des États-Unis.
Pourtant certaines compagnies pétrolières comme Shell et British Petroleum appuient le protocole de Kyoto et investissent même des sommes importantes dans la recherche de sources d’énergie renouvelable tels l’éolien et le solaire. Ces compagnies ont compris qu’il est préférable de préserver la ressource car le pétrole ne sert pas seulement à être brûlé, mais on l’utilise dans la fabrication de nombreux matériaux utiles et recyclables. Évidemment, ces compagnies sont européennes. Ce qui montre une fracture importante entre deux visions : une de gestion de risque typiquement états-unienne et une autre de précaution typiquement européenne. Les mêmes divisions se remarquent dans d’autres domaines comme l’alimentation et l’agriculture.
En parallèle, en mars 2002, le comité du Sénat Canadien sur la défense recommandait au gouvernement d’injecter 4 milliards de dollars dans l’armée. Cette somme devrait s’ajouter aux 7,7 milliards de dollars en dépenses militaires que le gouvernement fédéral avait déjà budgétés sur cinq ans. Ce comité pense que la sécurité des Canadiens ainsi que celle de leurs institutions est menacée. Tout ça dans un pays qui n’a pas connu d’attentat terroriste depuis la période du FLQ, dans un pays qui possède des traditions de paix et dont le seul pays ennemi véritable ne l’est qu’économiquement et se situe juste au sud. Pourquoi devrions-nous payer pour les actions internationales douteuses des États-Unis ? Parce que ceux-ci pourraient nous menacer de ne plus faire affaire avec nous ? Peut-être, mais cela démontre, encore une fois, notre trop forte dépendance économique face aux États-Unis.
De plus, les sommes injectées dans la défense ne constituent aucunement des investissements car cet argent ne rapporte rien d’autre qu’un faux sentiment de sécurité. Par ailleurs, le matériel militaire sera principalement acheté aux États-Unis. Le manque d’argent public disponible pour d’autres fins mettra encore plus de pression à la privatisation des services sociaux comme la santé, l’éducation, la distribution d’eau et d’électricité ou encore entraînera la réduction de la lutte à la pauvreté et celle des réglementations environnementales. Curieusement, le milieu des affaires n’a émit, dans ce cas-ci, aucune objection.
Pourtant la menace qu’est le réchauffement climatique est bien pire que celle du terrorisme. Cette menace pèse aussi bien sur tous les Canadiens que sur tous les habitants de notre unique planète. Bien qu’aucune victime de terrorisme n’ait été enregistrée au Canada depuis longtemps, de nombreux Canadiens meurent déjà des causes du réchauffement climatique. Les canicules de plus en plus longues augmentent significativement le taux de mortalité. Des pertes économiques considérables sont également déjà attribuées aux changements climatiques. On peut citer l’augmentation de phénomènes climatiques extrêmes telles l’averse de verglas, l’inondation du Saguenay, la sècheresse dans les provinces de l’ouest canadien mais également l’accessibilité de plus en plus menacée de la voix maritime du fleuve Saint-Laurent, l’augmentation des feux de forêts, la détérioration de la qualité de l’eau potable, etc. Pourtant pour cela, nos gouvernements ne débloquent que des sommes symboliques. En revanche, il est quand même extraordinaire de constater que lorsque la pression vient de nos voisins du sud, des sommes d’argent importantes deviennent subitement disponibles.
Il faut rappeler que l’accord de Kyoto n’est que symbolique car il ne réglera pas le problème des changements climatiques. Il ne permettra tout au plus que de réduire l’augmentation du réchauffement planétaire. Mais même s’il n’est que symbolique, c’est un premier pas vers un règlement mondial du problème. Alors si une acceptabilité mondiale de ce symbole devient impossible pour des objections économiques d’enfants gâtés, l’existence même des générations futures et de l’humanité tout entière devient compromise.
-

- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires
